2021 ou Comment rassurer les générations futures face au Covid ?

Bravo Yanis et Maxime ! En vous voyant bondir sur les murs pour éteindre les enseignes à Marseille, j’avoue m’être régalée. Je connaissais Extinction-Rebellion, voici Extinction-Respirons ! Depuis juillet 2018, les enseignes ont pour obligation d’éteindre leurs vitrines entre 1h et 6h du matin (soit l’équivalent de la consommation d’électricité annuelle de 370 000 ménages) mais elles respectent peu cette loi et surtout elles n’ont pas cru bon d’avancer l’extinction à 18h, en période de couvre-feu !
 
Cette action qui mêle écologie et « parkour » (pratique de saut en milieu urbain) a déjà été pratiquée par des collectifs comme le Clan du néon ou Youth for Climate pour dénoncer la gabegie électrique et la pollution lumineuse. Elle réjouit à l’heure où les jeunes sont en détresse, transformés en fantômes, soumis à l’isolement. « Le covid c’est comme un passage à la case Ehpad quand on a 20 ans ! », a avoué un étudiant.
 
Comment soutenir cette génération qui, il y a deux ans, avait l’énergie de lancer le mouvement Pour un Réveil écologique ? Comment être à leurs côtés et amplifier leur manière d’interpeler quand les jeunes enjoignent les enseignants de les former à la transition écologique ou leurs futurs employeurs ? (Voir leurs enquêtes sur la réalité des engagements des entreprises par secteurs : après les cosmétiques, ils publieront bientôt sur la grande distribution et sur la finance).

Comment le mythe de l’externalité finit par asphyxier

Lucide, la jeune génération est notre plus précieux ferment transformatif. Elle connaît les fardeaux qui pèsent sur ses épaules, ceux qu’Alexandre Monnin décrit sous le nom de « communs négatifs ». « A l’heure de l’Anthropocène, nous explique-t-il, les communs sont et seront constitués de terres polluées, de rivières épuisées, de sols desséchés et d’infrastructures en décomposition : des « communs négatifs » en somme ». Le philosophe directeur scientifique d’Origens Media Lab (ESC Clermont Business School) montre admirablement, à partir d’une pauvre banlieue de Saint Louis (dans l’Illinois), dénommée Centreville, comment le mythe de l’externalité finit par asphyxier toute une population. Car ce « territoire de cauchemar » – qui est tout proche du siège social de Monsanto – ne parvient plus à évacuer ses déjections et cumule toutes les maladies : sols qui s’effondrent, inondations récurrentes, moisissures et odeurs tenaces, contaminations… Centreville est ainsi d’une importance capitale pour comprendre et incarner la menace qui pèse sur nos territoires à l’heure de l’Anthropocène. Cette époque marque, selon Bruno Latour, la fin de la notion d’« environnement », soit l’instance censée absorber nos externalités (négatives), désormais incapable de jouer ce rôle puisqu’il n’y a plus à proprement parler d’extériorité ou de grand dehors.

Le confinement c’est notre condition d’humains à la surface terrestre

Avons-nous bien réalisé cette bascule ? Notre confinement actuel serait en train de nous apprendre une chose essentielle : vous vivons dans une « zone critique » de laquelle nous ne pourrons jamais sortir. « Le confinement, c’est notre condition à la surface de la planète Terre », insiste Bruno Latour dans son dernier Opus, Où suis-je ?. La vie humaine a émergé dans une atmosphère favorable, fruit d’un équilibre hérité de milliards d’années d’évolution géobiologique. Charge à nous de ne pas la … pourrir !
 
A ma grande surprise le président Nixon avait pointé notre responsabilité dès 1970 ! « La grande question des années 70 est de savoir si nous allons faire la paix avec la Nature et commencer à réparer les dégâts commis à l’air, à la terre et à l’eau », déclarait-il dans son Discours sur l’état de l’Union, le 22 janvier 1970. C’est un enjeu qui concerne particulièrement les jeunes Américains car eux, plus que nous, subiront les tristes conséquences de nos échecs à mener des programmes désormais nécessaires pour prévenir les désastres à venir. Au cours des années de négligence, nous avons contracté une dette vis-à-vis de la nature, et maintenant cette dette doit être honorée ».

En finir avec la mesure de l’insignifiant : faire valoir les interdépendances

Cinquante-et-un ans plus tard, la dette est incommensurable car nous avons des boussoles absurdes, insensibles à la destruction de nos milieux de vie. En premier lieu, le PIB. « Le problème essentiel du produit intérieur brut (PIB) et de sa croissance n’est pas ce qu’ils mesurent, mais ce qu’ils ignorent, estime l’économiste Eloi Laurent (voir Sortir de la croissance pour entrer dans l’espérance (de vie), Alternatives économiques, 21 janvier 2021). La croissance comptabilise fidèlement une part de plus en plus insignifiante des activités humaines : les biens et les services mais pas leur répartition, les transactions marchandes mais pas les liens sociaux, les valeurs monétaires mais pas les volumes naturels. » Et de conclure : « Il y a encore peu, les démographes se demandaient si la progression de l’espérance de vie rencontrerait jamais une limite. Il apparaît aujourd’hui que cette limite est celle de la Biosphère. Un nouvel horizon se dessine pour les politiques publiques à l’âge des chocs écologiques : protéger l’espérance de vie des dégâts de la croissance. »

Assumer les conséquences de nos choix de vie vis-à-vis des générations futures

Changement de braquet donc, subordonnons la relance au maintien de nos milieux de vie ! Bruno David, Président du Muséum national d’histoire naturelle, comme Philippe Madec, architecte et urbaniste, pionnier de l’éco-responsabilité, avec lesquels j’ai échangé récemment, confirment que « nos manières de vivre sont à revoir complètement pour considérer nos interdépendances ».
C’est bien pourquoi le miroir de nos activités que constitue la comptabilité se trouve aujourd’hui tellement questionné. Alain Burlaud, professeur émerite au CNAM explique que ce miroir performatif est désormais déformant : il ne rend compte que de la dimension financière ! Alors que peut-on dire de la valeur intrinsèque d’un écosystème ? On s’en tape car tout est basé sur les perceptions des investisseurs !
 
Mais l’Europe est en train d’imposer un véritable atterrissage avec son Green Deal. Six chantiers concomitants créent un véritable « momentum » : taxonomie verte, qui permettra aux investisseurs de préférer les entreprises vertueuses, transposition du Règlement sur la transparence des entreprises, révision de la directive sur le reporting extrafinancier, développement des standards ou métriques environnementales, écolabels, finance durable. Elle tient à ne pas réduire ses évaluations aux « matérialités financières » mais à faire valoir une « matérialité holistique » qui tient compte de la « viabilité » des modes de production. Et cela n’est pas indifférent au nouveau Bauhaus européen annoncé par Ursula Von der Leyen qui « n’est pas seulement un projet environnemental ou économique mais aussi un nouveau projet culturel pour l’Europe ».
 
C’est dans cette énergie d’appartenance à un continent européen, moteur d’une « co-évolution » entre écologie et économie, que notre équipe Tek4life vous adresse ses meilleurs vœux. Tenons-nous ensemble dans la redécouverte de notre « monde commun » dont la préservation est l’unique défi qui peut faire « cause commune ».

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